Clairement, la méditation transforme, c'est démontré. Mais elle ne "pacifie" qu'à condition de ne pas avoir de but préétabli. La manière dont elle transforme n'est pas ce que l'on raconte partout.

Mes échanges et mes discussions montrent que beaucoup de personnes cherchent dans la méditation une échappatoire à leurs problèmes. Ils ont des objectifs précis et importants pour eux. Parfois même, il leur est devenu difficile de vivre...

Pourtant, je sais qu'attendre de la méditation qu'elle règle nos problèmes ne marche pas. Je sais que les problèmes reviennent toujours, quelle que soit la méthode. J'ai moi-même longtemps cherché un échappatoire dans toutes sortes d'activités : jeux, sport, méthodes anti-stress, voyages et loisirs pour s'évader... Mais les problèmes et l'insatisfaction ne m'ont pas lâché.

Méditer, pour moi, c'est :
- arrêter de se cacher ;
- arrêter de croire dans la fausse sérénité, la sagesse-cliché et le bien-être sur catalogue en papier glacé ;
- être honnête et rencontrer avec courage l'existence telle qu'elle est.

L'expérience de la pratique de la méditation montre qu'elle n'est clairement pas confortable. Méditer, c'est au contraire rencontrer l'inconfort et apprendre à lui faire confiance. Aimer la vie, c'est aimer ses joies comme ses peines, à l'instar de la rose dans le petit prince qui ne veut pas être mise sous globe car « il faut bien qu'elle supporte deux ou trois chenilles si elle veut connaître les papillons. »

Thomas

J’ai trouvé ce slogan dans le livre de Pema Chödron « quand tout s’effondre ».

Un message à contre-courant de la pensée positive, du bien-être et autres méthodes de développement personnel à la mode. Un message qui ne nous vend pas du rêve et nous interpelle. Quelques mots qui touchent au plus intime : cet espoir que nous avons d’aller mieux.

Pratiquer la méditation n’apporte ni tranquillité, ni confirmation. En fait, quand on pratique la méditation, on prend courageusement acte de l’impossibilité de se saisir, de s’établir définitivement en tant que MOI et on commence ainsi à acquérir le talent du non-espoir. Cette expérience d’absence totale d’espoir, de total abandonnement est en fait le commencement. Si nous n’abandonnons pas l’espoir, c’est-à-dire l’idée qu’il existe quelque part un endroit où nous serions mieux, qu’il existe quelqu’un de mieux que nous pourrions être, alors nous ne nous détendrons jamais là où nous sommes.

Si ça va mal, ça va mal. Cela ne veut pas dire que quelque chose cloche chez nous. Je sais qu’à force de pratique on laisse au fur et à mesure tomber toutes ces histoires que l’on se raconte. Toutes nos pensées liées à nos peurs et nos espoirs deviennent moins solides.

Plus besoin de fuir, en se détournant du problème, ou en s’accrochant à l’espoir de changer notre expérience pour la rendre enfin confortable. On reste simplement là, attentif. Au début, on panique un peu, mais avec le temps, le jeu de l’espoir et de la peur perd de son emprise sur nous et on découvre alors une confiance que l’on ne se connaissait pas. Une confiance inconditionnelle, libre de l’espoir, libre de tout.

Fabrice Midal le dit à sa manière : « restez simplement là, assis, solidement ancré comme une montagne et laisser le souci de soi se dissoudre ».

En image : Pema Chödron et son regard toujours irrésistible...

Thomas

Et bien ça fait mal aux fesses rapidement car les rochers sont durs. C'est assourdissant car la mer fait beaucoup de bruit. L'agitation constante de l'eau et de l'air rend la situation assez confuse.

Mais il y a surtout cette impression de se regarder méditer assis au milieu d'une carte postale, une sensation de fabrication parce que tout a été pensé pour la photo...

Bref, ça vend du rêve tant à celui qui pratique, que ceux qui regardent !

Thomas

« On ne médite pas pour résoudre nos problèmes, se guérir, s’améliorer ou se racheter. Mais on le fait plutôt comme un acte d’amour, d’amitié profonde envers nous-même ».
Bob Sharples

Je suis convaincu que le point clé n’est pas de changer nos vies, de changer la réalité, de changer tout ce qui ne nous arrange pas. Mais au contraire, c'est d’apprendre à vivre avec tout ça.

A l’instar de l’amour d’un être cher : on l'aime pour qui il est et non pour le projet que l'on a sur lui. On peut croire à tort que l'on aime si la personne correspond bien à nos standards étriqués de satisfaction personnelle. Et on a ce projet réducteur en premier lieu à notre égard : on veut s'améliorer, se corriger en espérant ainsi enfin s'aimer.

Personnellement, c'est ainsi que j'ai appris. J'ai appris à viser la perfection et à serrer les dents ; un excellent apprentissage pour apprendre à s'endurcir. Pour le meilleur et pour le pire...

Voilà pourquoi méditer sans but est si important pour moi. Pas besoin d’être quelqu’un d’autre ou de faire du développement personnel, d’être mieux ou moins bien.

Je vois bien comment la méditation est aujourd’hui confondu avec une quête du bien-être. Beaucoup sont ceux qui n’arrivent pas à s’y engager. Car au premier obstacle, au moindre inconfort, ils renoncent. Or il est impossible de le nier, méditer est un chemin difficile, parfois éprouvant. Les difficultés sont autant d’occasion de toucher notre humanité, notre vulnérabilité.

Thomas

« Le malheur du bien-être c’est de nous faire croire qu’il faut fuir l’état dans lequel on est ».
Fabrice MIDAL

Ce que je trouve intéressant dans la méditation, c’est que l’on s’ouvre à quelque chose de plus grand que soi. Quelque chose de plus essentiel, de plus vaste que nos petits projets habituels sur nous et notre état d’être.

Pour le dire plus clairement, je pense que la méditation nous libère de cette quête du « bien-être » que l’on voit partout, tout le temps et à toutes les sauces.

Méditer c’est entrer en présence à ce qui est. C’est apprendre à aimer qui l’on est, sans condition. Aucune.

Il n’y a donc pas besoin d’aller « mieux » ou « bien ». Il n’y a ni projet, ni injonction, ni confort, ni inconfort recherchés. Lorsque je vais mal et que je pratique la méditation, j’entre tout simplement en rapport à ma douleur, ma colère, mes difficultés, mes insuffisances, mes souffrances, mon dégoût, mon désarroi… Il n’y a là aucun bien-être pour tout dire. A des moments, c’est joyeux, doux et agréable (bien heureusement), mais je vois tout cela et je garde un pas de recul. En pratiquant, je m’exerce à ne pas juger, à ne pas m’identifier à tous ces états émotionnels, qu’ils soient inconfortables ou plaisants. J’accueille tout simplement ce qui est tel que cela est. Je ne change rien. J’arrête ce tri qui ne mène à rien, entre ce que qui me plait et ce qui me déplait, où tout est passé au crible étriqué de ma petite personne et son « bien-être ».

C’est pourquoi, la méditation libère du bien-être, dans le sens où il n’y a pas à atteindre un état particulier mais juste à entrer en rapport au mystère d’être un humain sur cette terre. La méditation n’a de sens pour moi que si elle préserve ce mystère et non pas en devenant un nouveau produit « bien-être » séduisant et à la mode, réduisant ainsi la méditation à un outil de gestion de soi pour être « bien », conforme au projet que l’on a sur soi.

Je ne vois pas quel est le sens de cette mode du « bien-être » vendu sous forme de massages, yoga, méditation, salon, spa, coffret bien-être, nutrition bien-être , boissons et huiles apaisantes !? J’ai l’impression que l’on veut nous endormir, nous passer de la pommade, nous mettre dans du lait chaud pour ne plus sentir l’inconfort de la vie et surtout pour que nous restions sages. Il n’y a qu’à voir la surenchère de programmes « bien-être » dans nos entreprises alors même que le management et la désorganisation écrasent les individus. Les salariés ont-ils besoins de bien-être ? Ne veulent-ils pas simplement pouvoir faire leur travail dans des conditions décentes et efficaces ?

A l’écriture de ces quelques lignes je vois d’ici les objections qui vont fuser (là, je fais les questions et les réponses en même temps) : « mais il n’y a pas de mal à vouloir se faire du bien, non ? », « quel mal y a-t-il à vouloir un peu de bien-être ? ». Réponse : « rien, il n’y a aucun mal à vouloir un peu de bien-être. C’est juste que ça n’a rien à voir avec la pratique de la méditation ».

Le « bien-être », c’est la nouvelle promesse à la mode et comme toute promesse, elle n’engage que ceux qui l’écoutent.

Vous l’aurez compris, si vous venez pratiquer au sein de notre association Méditer à Compiègne ce ne sera en aucun cas des sessions « bien-être ». Je préfère que ce soit clair pour tout le monde.

Cela à plus à voir avec le fait d’entrer de plein pied dans son expérience, d’apprendre à apprécier son existence telle qu’elle est, sans compromis, sans faux-semblant, sans rien changer.

C’est la bienveillance et la compassion que l’on a pour soi-même qui permettent de faire le chemin pas à pas. Et non pas la recherche du bien-être.

Libérez-vous du bien être !

Thomas

« Se laisser emporter par une multitude de problèmes, se soumettre à trop de demandes, s’engager dans trop de projets, vouloir aider tout le monde en toute chose est en soi succomber à la violence de notre époque »
Thomas Merton

 

Un week-end seul… A l’instar d’une retraite solitaire, je retrouve l’intimité avec la pratique et je touche un sens de solitude.

Pratiquer puis faire quelques pas dans la neige, pratiquer puis donner à manger au chat et au chien, couper du bois, allumer le feu puis pratiquer encore. Tout semble se poser avec moi dans la maison, chaque chose prend sa place : une boite de mouchoirs est au pied de la lampe, le tapis a un pli, la lumière descend, l’ombre persillée et dansante du cèdre s’étend, les heures passent…

Cet hiver et la neige enseignent le non-agir. Les arbres ont porté leurs fruits et ils sont à présent assoupis. Le jour alterne avec la nuit et l’été avec l’hiver.

J’ai souvent le sentiment de devoir faire un effort constant pour faire tout ce qui m’incombe, surtout ce qui concerne la méditation ! Mais ce week-end d’hiver me montre combien l’écoute et le non-agir sont plus qu’essentiels.

Parfois il est nécessaire de courir, parfois il est nécessaire de s’asseoir. Chaque chose peut à son tour ramener l’équilibre dans le cœur et dans le monde.

Thomas

On peut penser à tort que la méditation consiste d’abord à s’occuper de son esprit. Or, dans la pratique, on est avant tout présent à notre corps. On peut sentir que l’on EST ce corps, qu’on l’habite, qu’il est notre seule demeure. Dans la pratique, lorsque je suis emporté par mes pensées ou mes émotions, je reviens le plus souvent à la posture puis au souffle. C’est l’unité de la posture, mon corps tout entier qui me revient en premier ; ensuite vient mon souffle et le mouvement de mon ventre, puis l’air qui entre ou qui sort de ma bouche à cet instant. La manifestation de ces sensations est la manifestation même de la présence avant tout commentaire, avant que d’autres pensées ne viennent.

J’aime sentir ainsi combien mon corps est vivant. Reconnaître sa douceur, sa vitalité, sa sensibilité mais aussi ses tensions, ses blessures et sa vulnérabilité. C’est ma manière de l’apprécier pleinement, d’en prendre soin et de le remercier.

Ces quelques années de pratique m’ont appris à revenir à cette présence corporelle au quotidien. J’ai incroyablement gagné en confiance. C’est impressionnant de voir tout ce que cela a changé pour moi tant sur le plan personnel que professionnel. Lorsque je doute, lorsque j’ai peur, ou lorsque que je perds complètement pied (c’est l’expression consacrée), je reviens à mes perceptions et tout devient très vivant, très parlant. C’est comme si j’avais accès à une autre intelligence, plus juste car plus en lien avec le monde et les situations que je rencontre.

Thomas

On me pose parfois la question : comment entres-tu en méditation ?

Réponse : je m’assois.

Oui, et après me direz-vous ? Et bien après c’est tout. Rien de plus. Tout est là.

La pratique de la méditation est d’une étonnante simplicité. On y entre en s’asseyant pleinement, sans chichi, sans prérequis, sans discours, sans rituel, sans cooptation, sans gourou, sans technique ni méthode brevetée, sans gymnastique, sans promesses, sans robe de moine, sans rien avoir à croire, à faire, à comprendre, à réussir ou à rater…

C’est cette simplicité qui fait que j’aime tant la pratique de la méditation. Elle est pure confiance dans la santé de base de chacun. On s’assoit tout simplement et on retrouve ainsi l’essentiel : notre humanité.

Bien entendu, la pratique réclame une grande honnêteté puisqu’il n’y a rien à faire, à croire, à dire… On est d’emblée pleinement confronté à soi-même, à la réalité, à notre expérience telle qu’elle est. On travaille ainsi à aimer qui on est en propre ; pas les idées que l’on poursuit ou l’on construit sur nous-même et le sens de la vie.

La grande découverte pour moi c’est ça : apprécier simplement ma vie telle quelle est à chaque instant. Alors, tout peut faire chemin. Que je parte en vacances ou que je reste chez moi, qu’il y ait un grand soleil ou de la pluie… Peu importe. J’apprécie pleinement les situations. Tout prend ainsi une ampleur énorme parce que je n’attends rien d’autre que ce qui est. C’est comme si j’avais retrouvé mon cœur d’enfant, une forme de disponibilité au monde.

Bonne année à tous dans la joie et la simplicité,

Thomas